Laurent Chardard entre la vie et la mort

Nos vies valent-elles moins que celle des squales ?

Crise Requin : Nos vies valent-elles moins que celle des squales ?

27 août 2016, Laurent Chardard est victime d’une attaque de requin. Un restaurateur envisage de porter plainte contre la victime. Nos vies valent-elles moins que celle des squales ? La question est posée dans Le Quotidien du 03 septembre 2016 et dénonce le blocage du conseil scientifique de la Réserve Marine et de certaines associations qui placent la vie d’un requin avant celle d’un être humain.

Laurent Chardard entre la vie et la mort
Les secours tentent de sauver la vie de Laurent après une attaque de requin à Boucan Canot. Photo : Imaz Press
La Réunion est victime depuis déjà 5 ans de la crise requin avec ses conséquences humaines mais aussi économiques. La zone balnéaire de Saint-Gilles est “sinistrée” et la colère monte chez les commerçants qui ont du mal à envisager leur avenir.
Le Samedi 27 août 2016, par une journée ensoleillée, Laurent Chardard est victime d’une attaque mutilante de requin à l’intérieur des filets anti-requin de la ZONEX (Zone de protection Expérimentale) de Boucan Canot. Cette attaque provoque la colère d’un restaurateur qui envisage de porter plainte contre la victime avant de renoncer et de “regretter du fond du coeur ce (qu’il) a dit”. Ce courrier intervient peu de temps après l’annonce de la plainte du restaurateur.

Nos vies valent-elles moins que celles des squales ? – Emmanuel VIAL

Publié sur 7 lames la mer et paru dans Le Quotidien les 03 septembre 2016.

À l’heure où on s’efforce de faire passer un prédateur pour une victime et une victime pour un coupable, il est plus facile de fustiger les vilains surfeurs que de se tourner vers les véritables responsables.
Suite à la dernière attaque survenue a Boucan-Canot sur un surfeur, je suis triste et en colère.

Triste car la vie de ce jeune homme de 21 ans vient de changer à tout jamais et en colère de voir comment on peut s’acharner sur une victime qui n’est toujours pas sortie de l’hôpital, à l’instar de ce restaurateur qui a maladroitement décidé de porter plainte contre la victime, s’attaquant ainsi à toute la communauté qui fait vivre son restaurant. C’est choisir la voie de la facilité et se mettre des oeillères concernant les vrais responsables de cette situation.

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Cette attaque est survenue en pleine Zone de Protection Renforcée (ZPR) de la Réserve Marine Nationale de La Réunion (RMNR). Les ZPR concentrent la majorité des attaques mortelles de requins depuis 2006. Sur les 19 attaques survenues depuis 2006, 17 ont eu lieu au sein de la RMNR, 6 ont été mortelles, 9 ont eu lieu en plein coeur des ZPR dont 4 mortelles. Il est donc plus que primordial d’accentuer la sécurisation dans ces zones de protection renforcées.

Reserve Marine assassin
La Réserve Marine, pointée du doigt, concentre 85% des attaques de requin depuis 2011. Photo Zinfos974.

En matière de sécurisation, les filets forment une première barrière protectrice et les engins de pêche (Drumlines, Palangre) viennent assurer une deuxième barrière protectrice. C’est cette deuxième barrière protectrice indispensable a la sécurité des usagers qui fait défaut a Boucan-Canot. Si ces engins de pêche avaient pu être installés, ce drame aurait alors pu être évité.

En mai dernier, le conseil scientifique consultatif de la RMNR, soutenu par plusieurs associations principalement métropolitaines, qui n’ont aucune connaissance de la problématique de la crise requin sur l’île, s’est vigoureusement opposé a l’installation de ces engins de sécurisation au sein même des ZPR qui représentent pourtant à elles seules 80% des attaques mortelles depuis 2006.

’’ On aimerait d’ailleurs que les scientifiques s’attachent plus à rechercher les causes de l’apparition des requins bouledogues, amateurs d’eaux polluées, qu’à les protéger aux dépens des Réunionnais. ’’

À l’heure où on s’efforce de faire passer un prédateur pour une victime et une victime pour un coupable, il est plus facile de fustiger les vilains surfeurs que de se tourner vers les véritables responsables, tels que ces associations dîtes « environnementales » et ce conseil scientifique, qui n’intègre aucun spécialiste du requin en son sein. Ces deux structures s’opposent depuis le commencement de la crise requin à tout système de sécurisation (y compris les filets).

Victimes crise requin à La Réunion
Des mannequins représentent les victimes de la crise requin à La Réunion.

Les positions du conseil scientifique se fondent uniquement sur le dogme selon lequel les engins de pêche auraient un effet attractif sur les requins. Pourtant, en 2011, le programme CHARC [1] ne s’est pas privé d’appâter et de pêcher les requins en pleine réserve marine. Marc Soria [2] écartait toute inquiétude avec un argument aussi étrange que tautologique : « lorsque nous marquons un squale, c’est que ce dernier est déjà présent à ce moment-là. (…) Les palangres verticales ne présentent aucun risque et seuls les requins peuvent s’y prendre » [3].

À cette époque, aucune interdiction de baignade n’était en vigueur, et les prédateurs marqués étaient tout bonnement relâchés devant les zones d’activités nautiques, sans que personne ne se pose de questions.

La crédibilité des scientifiques est remise en question, lorsque l’on sait que pas moins de 13 attaques ont eu lieu en 3 ans, bien avant le déploiement progressif de Cap Requin [4] en 2014.

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L’efficacité des engins de pêche dans la sécurisation des plages n’est plus à prouver depuis plus d’un demi siècle en Afrique de Sud et en Australie. Il est évident aujourd’hui que la cohabitation est impossible avec les requins qui ont colonisé les mers aux dépens des variétés traditionnellement présentes en nombre à La Réunion — dont le requin pointe-blanche et le requin de récif, dévorés par les tigres et les bouledogues.

Requin pointe noir
Les requins de récif de La Réunion ne font pas le poids face aux requins bouledogue. Photo Shark Citizen.

Ces espèces invasives et parasitaires n’ont rien d’authentique, bien au contraire. La mer réunionnaise n’est pas « leur élément », comme on l’entend trop souvent dire. On aimerait d’ailleurs que les scientifiques s’attachent plus à rechercher les causes de l’apparition des requins bouledogues, amateurs d’eaux polluées, qu’à les protéger aux dépens des Réunionnais.

Mais ces chercheurs ont-ils réellement envie de trouver ?

L’interdiction de l’accès a la mer est totalement absurde sur une île et la verbalisation ne fonctionne pas et ne fonctionnera jamais.

Peche requin à La Réunion
La pêche au requin à La Réunion, autrefois. Les ailerons étaient vendus aux Chinois et la chair finissait sous le nom de “thon blanc” sur l’étal du poissonnier. Source : “Saint-Denis longtemps”, Jean-Paul Marodon.

La pêche aux requins, et la pose d’engins appropriés sont les seules solutions à long terme. Parler à ce sujet d’un « massacre de requins » qui n’a jamais eu lieu et que personne ne désire est aussi obscène et inhumain que de porter plainte contre la victime d’une attaque, sans doute marquée à vie.

Les Réunionnais pêchaient et mangeaient du requin dans le respect de leur écosystème bien longtemps avant que l’on ne décide, dans les bureaux, que leurs vies valaient moins que celles des squales.

Emmanuel VIAL

Notes


[1] CHARC : Connaissances de l’écologie et de l’HAbitat de deux espèces de Requins Côtiers sur la côte Ouest de la Réunion.

[2] Chercheur à l’Institut de recherche pour le développement (IRD).

[3] Quotidien du 16 septembre 2011

[4] Programme réunionnais de prévention de pêche ciblée


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