Le racket de la protection du grand requin blanc.

grand requin blanc : le racket de sa protection

Article paru le 22 avril 2017 dans The Australian : Great white shark protection racket, le racket de la protection du grand requin blanc.

La protection du grand requin blanc a été introduite en Australie alors que personne dans le monde ne connaissait la population mondiale de l’espèce, affirme l’un des coauteurs du programme adopté par le gouvernement fédéral afin de reconstituer l’espèce en 2002.

On pourrait soutenir que c’est toujours le cas. Malgré des décennies de recherches coûteuses, on connaît très peu l’abondance et le comportement des requins, c’est pourquoi chaque fois qu’il y a une attaque, nous avons le même débat futile.

Laeticia Brouwer, 17 ans, victime mortelle d’une attaque de requin à Esperance le 17 avril 2017. Photo fournie par la famille.

Ça a empiré. Il s’avère que l’Australie a été grandement informée que le débat était manipulé en 2004, alors qu’un officiel de la pêche japonais s’est fermement opposé à la requête qui nous a été accordée d’accroître la protection mondiale du grand requin blanc. Le fonctionnaire a soutenu que la demande était basée sur des preuves insuffisantes et ne prenait pas en considération le risque potentiel d’augmentation des attaques contre les personnes.

Lors d’une réunion des 22 chercheurs australiens qui ont contribués au Programme de Restauration du Grand Requin Blanc 1  en 2002, il a été demandé à John Stevens, spécialiste requin et directeur du CSIRO 2  à l’époque, aujourd’hui à la retraite, s’il connaissait la taille de la population mondiale de l’espèce.

Personne au monde n’avait aucune idée de la population mondiale du grand requin blanc. On suggérait que sa population mondiale diminuait, mais en fin de compte personne n’en savait rien.

“Il n’était pas en mesure de répondre parce qu’il n’y avait pas d’étude”, a déclaré Geoff McPherson, qui a représenté le département des industries primaires du Queensland lors de la réunion.

Selon McPherson la source d’information la plus fiable du groupe était le nombre de requins pris dans les filets des plages populaires du NSW 3  et du Queensland. De 1962 à 1982, la moyenne des captures dans ces filets était en moyenne d’environ 20 grands requins blanc par an. Durant les 20 années suivantes, ils en prenaient que 10 par an environ.

McPherson mentionne que ce n’était qu’un «indice» de la population, et que “tous les indices ont des failles”.
“Mais c’était le seul dont nous disposions. Personne au monde n’avait aucune idée de la population mondiale du grand requin blanc. On suggérait que sa population mondiale diminuait, mais en fin de compte personne n’en savait rien.”

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Le Programme de Restauration du Grand Requin Blanc  indique qu’un plus grand nombre de requins a probablement été tué par l’industrie de la pêche; soit accidentellement en palangre, soit délibérément en raison du fait que les requins deviennent une «nuisance».

Cependant à l’époque, le programme semble se contredire sur les effets de l’industrie de la pêche sur la population du grand requin blanc. Alors qu’il stipule qu’il est urgent d’étudier «l’ampleur de l’impact de l’industrie de la pêche commerciale sur la population de grands requins blancs en Australie», il insiste sur le fait que cette protection serait nécessaire car les grands blancs seraient «sous la pression de l’industrie de la pêche commerciale australienne».

A la même période, l’Australie a réussie à faire inscrire avec succès le grand requin blanc sur la liste de la Convention sur le Commerce International des espèces en voie de disparition 4. Le grand requin blanc a été rajouté à l’appendice III de la CITES, le groupe le moins important, dans lequel les pays cherchent à coopérer chacun pour «prévenir une exploitation non durable ou illégale» de l’espèce. Deux ans plus tard, en 2004, l’Australie a réussi à faire inscrire le grand requin blanc à l’appendice II, «des espèces qui ne sont pas nécessairement menacées d’extinction mais qui peuvent le devenir, à moins que le commerce ne soit étroitement contrôlé».

Le grand requin blanc inscrit à la CITES
Le grand requin blanc est inscrit à l’appendice II de la CITES le 12 octobre 2004.

Masayuki Komatsu, alors directeur des ressources et de l’environnement au ministère japonais de l’agriculture, s’y est fortement opposé, déclarant qu’ “il était très peu probable que le commerce international affecte négativement la survie de cette espèce”. Il a ajouté qu’ “aucune évaluation globale de la population de cette espèce n’a été réalisée”.

Il n’y a aucune preuve pour que (les grands requins blancs) soient considérés comme menacés

Contacté par The Inquirer cette semaine, Masayuki a déclaré qu’il croit que les grands requins blancs ne sont pas en danger. “A ma connaissance, je ne le pense pas à ce stade”, a-t-il déclaré par téléphone depuis Tokyo. “Je crois qu’il n’y a aucune preuve pour qu’ils soient considérés comme menacés”.

Tout en refusant de dire si la protection des grands blancs devrait être révoquée, il a répondu que la «surprotection» était mauvaise pour l’environnement. “Chaque poisson et chaque créature marine a son importance. On ne doit pas éradiquer les espèces de poisson ou les plantes, (mais) on ne doit pas non plus les protéger totalement – ce serait déséquilibrer l’écologie des océans. On devrait les protéger de manière durable, mais la surprotection nuit aux autres poissons ainsi qu’aux êtres humains”.

Il a ajouté que l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture 5  offrait une meilleure stratégie que la CITES pour la gestion d’espèces telles que le grand requin blanc. Dans le cadre du plan d’action international pour les requins de la FAO, qui était déjà en place au moment de la demande originale de la CITES, les pays ont été autorisés à adapter leurs politiques aux conditions locales.

“Il appartient à chaque gouvernement national d’élaborer un plan d’action conformément au plan d’action international”, a proclamé Masayuki. “Vous pouvez avoir un jugement objectif et compiler des informations locales comme les prises accidentelles ou les attaques contre des personnes”.

Maintenant, en raison de cet engagement envers la CITES, les gouvernements des États australiens ne peuvent pas mettre en œuvre de stratégies pour réduire la menace d’attaques des grands requins blancs sans l’approbation du gouvernement fédéral.

L’Australie occidentale a obtenu la permission de déployer des drumlines au large des plages de Perth et au sud-ouest en 2014 et a pêché 68 requins. Colin Barnett, le premier ministre à l’époque, a demandé que le programme soit prolongé, mais Greg Hunt, alors ministre de l’environnement, a refusé. De même, le NSW a obtenu l’autorisation d’expérimenter des filets pendant 6 mois sur les hot-spots de requins à Ballina, sur la côte nord de l’état, et qui devrait bientôt prendre fin. Les surfeurs et les amoureux de l’océan sont nerveux, les filets seront retirés à la fin de l’expérimentation, alors même que débute la saison des baleines.

Statistiques attaques requins drumlines Australie
Statistiques des attaques de requins sur les plages protégées par des drumlines en Australie.

L’approbation fédérale pour déployer des drumlines autour d’Esperance a été demandée par le ministre de l’environnement, Josh Frydenberg, après l’attaque de cette semaine, probablement par un grand requin blanc, qui a tué Laeticia Brouwer, âgée de 17 ans, alors qu’elle surfait avec son père à Wylie Bay, mais Le gouvernement de l’État a rejeté la demande.

The Inquirer a demandé cette semaine à Frydenberg, pour la deuxième fois, si jamais, la protection des grands requins blancs pourrait être abrogée, mais on nous a répondu qu’une telle décision incombait au Comité des Espèces Menacées du ministère.

Il soutient l’existence de requins «déchaînés» qui ont développés un goût pour les humains et les conditions océaniques qui sont propices aux attaques.

Le Programme de Restauration du Grand Requin Blanc mentionne l’un des ouvrages phare sur le sujet des requins en Australie, Shark Attack de Victor Marcus Coppleson (1893-1965), publié en 1958. Coppleson, un chirurgien, a été anobli en 1964, principalement pour services rendus dans le domaine médical.

“Il a recensé de nombreuses attaques en Australie et ailleurs et en particulier les expériences de guerre des aviateurs abattus et des survivants de naufrages. Ces témoignages montrent la peur que les gens ont des attaques de requins”.

En effet, ils avaient peur. Ce débat, entre ceux qui pensent que les requins sont une menace et ceux qui croient qu’ils ne constituent qu’un autre danger de la vie quotidienne a peu changé depuis. Il a été relancé à Perth cette semaine durant les audiences publiques de l’enquête du Comité Environnemental du Sénat sur la réduction du risque requin.

La sénatrice libérale Linda Reynolds demandait au directeur du Surf Life Saving WA, Chris Peck, s’il avait étudié les répercussions des attaques de requins lorsque le président du comité, le sénateur écologiste Peter Whish-Wilson, les a interrompu. “Vous avez posé la question”, a-t-il déclaré, puis il a demandé à Peck à combien de noyades ses sauveteurs devaient-ils faire face chaque année. Peck a répondu qu’il y en avait 14 et que cela allait en s’accroissant.

Whish-Wilson a souligné sardoniquement que “cela aiderait” si chacune de ces noyades bénéficiaient de quatre jours consécutifs de couverture à la une du journal local, comme c’était le cas pour cette récente attaque mortelle de requin.

Reynolds a décrit cela comme une tentative «honteuse, honteuse» de minimiser les morts par attaques de requins n’ayant pour but que de «compromettre» son rôle au sein du comité. “Vous méritez un prix de l’Académie pour cela”, a répondu Whish-Wilson.

Les requins juvéniles qui occupent maintenant le nord de la NSW feront 4 mètres de long d’ici là, et «l’Australie sera la capitale mondiale des attaques de requins».

Le livre de Coppelson pourrait être une relique d’une époque moins «éclairée», mais ses pages révèlent combien notre curiosité sur le sujet est devenue plus étroite. Il soutient l’existence de requins «déchaînés» qui ont développés un goût pour les humains et les conditions océaniques qui sont propices aux attaques. Il dessine une bande autour du globe parallèlement à l’équateur où l’eau est au-dessus de la «température critique d’environ 70° F (21° C)».

Ceci est corroboré par l’ancien pêcheur de requin de Ballina David Woods, qui a récemment abandonné la pêche après que les restrictions gouvernementales ont rendu l’entreprise non viable. “Les requins se nourrissent lorsque la température de l’eau augmente”, dit-il, “quand elle diminue, ils ralentissent leur métabolisme et ils ne se nourrissent pas autant”.

Woods affirme que si la température descendait à 20 ° C, il attraperait peut-être un requin sur ses 30 lignes. Mais quand les courants sont plus chauds, et que la température augmente à 24°C-27°C, il récolterait une moisson exceptionnelle de grands requins tigre.

Interrogé hier par The Inquirer, Woods a confirmé qu’aucun chercheur ne l’a jamais contacté pour l’interroger sur ses 20 années d’expérience passées à travailler avec de grands requins mortels. Il dénonce des «personnes avec des doctorats» qui acquièrent leur savoir uniquement dans des livres. “Regardez ce qu’il va se passer dans cinq ans”, a-t-il déclaré. “Les requins juvéniles qui occupent maintenant le nord de la NSW feront 4 mètres de long d’ici là, et «l’Australie sera la capitale mondiale des attaques de requins» ”.

Au Queensland, il n’y a eu qu’un mort sur une plage protégée depuis 50 ans

Un tel pessimisme à propos du danger que représentent les requins et du pragmatisme pour y faire face n’était pas à l’ordre du jour durant l’audience du Sénat à Perth hier. “Nous sommes tous deux effrayés et fascinés par nos monstres”, a déclaré l’enseignante Jessica Meeuwig, de l’Université de Western Australia.

Elle a déclarée que la peur était basée sur la perspective de devenir la proie, et la fascination était une tentative pour éviter de l’être. Elle a attribué ces instincts de survie à notre «cerveau primaire».

Elle a ajoutée que les méthodes létales pour gérer les requins étaient «stupides … inefficaces, contre-productives, terriblement arrogantes et manquaient socialement de discernement». Elle a cité “des données exactes” du Queensland, du NSW et de Hawaii qui “montrent qu’il n’y a pas eu de réduction des incidents d’attaque” lorsque des méthodes mortelles, telles que des filets et des drumlines étaient utilisées.

Les données montrent le contraire. Au Queensland, il n’y a eu qu’un mort sur une plage protégée depuis 50 ans. Il en va de même pour le NSW, où les filets ont été installés pour la première fois en 1936.

Si les universitaires veulent se rendre utiles, plutôt que pontificaux à propos de l’arrogance supposée d’autrui, ils devraient relancer la longue enquête restée en sommeil de Coppleson au sujet de la gravité des attaques de requins.

Malgré ce que de nombreux chercheurs disent, les humains sont, et ont toujours été attrayants pour les grands requins blancs et les autres grands requins. Ce qui n’a jamais fait l’objet d’études universitaires, c’est la raison pour laquelle certaines attaques sont horriblement prolongées alors que d’autres finissent avec des morsures mineures ou avec aucune blessure du tout.

Si nous devons cohabiter avec plus de requins, comme le souhaitent les chercheurs, le moins qu’on puisse faire est d’enquêter sur les facteurs qui agissent sur la gravité des attaques. Contrairement à la plupart des autres recherches, cela générerait des informations utiles aux personnes les plus gravement touchées.

Fred Pawle



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  1. Great White Recovery Plan
  2. Agence de la Recherche Scientifique et Industrielle du Comonwealth
  3. Nouvelle-Galles du Sud
  4. CITES
  5. FAO

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