Pêche au requin à La Réunion.

Pêche au requin : des pêcheurs professionnels s’expriment

Un collectif de pêcheurs professionnels à La Réunion s’exprime sur la pêche au requin à La Réunion.

Pêche au requin à La Réunion.
Pêche au requin à La Réunion.

Un collectif de pêcheurs professionnels à La Réunion prend la parole. Dans une tribune libre relayée par le Comité régional des pêches, ces pêcheurs regroupés en collectif estiment qu’il est nécessaire de “restaurer l’équilibre environnemental de la bande côtière pour sortir de la crise requins”

” A ceux qui prétendent, par populisme et par extrémisme, que les requins ont été attirés par l’appâtage de nos engins de pêche, il faut rappeler, d’une part, que nos parents ont toujours rapporté la présence de requins aux abords des côtes de La Réunion et, d’autre part, que la pêche côtière a toujours été pratiquée le long du littoral. En revanche, jamais leur récit n’avait fait état d’un nombre et de comportements agressifs de requins comme nous le constatons depuis dix années ! “

Cette tribune libre des pêcheurs professionnels a été publiée dans les médias le 06 mai 2015.

Nous, pêcheurs professionnels artisans, tous ressortissants du Comité régional des pêches maritimes et des élevages marins (CRPMEM) de La Réunion, alertons fréquemment depuis plusieurs années les autorités, de toute sensibilité, et la société civile, en toute occasion, sur le déséquilibre environnemental que nous avons constaté dans la bande côtière.

Les attaques successives de requins, mortelles et mutilantes, recensées à La Réunion depuis 2011 viennent à chaque accident confirmer nos dires et corroborer nos constats sur la prolifération des requins, essentiellement bouledogue et tigre, aux abords des côtes du littoral ouest.

 

’’ Pêcher les requins bouledogue et tigre, et seulement ces deux espèces, est une obligation, au-delà de la sécurité publique, à La Réunion pour restaurer l’équilibre environnemental de la bande côtière ’’

 

A la différence de ceux qui en parlent sans la connaître et des autres qui disent tout savoir d’elle en ne la pratiquant qu’occasionnellement, la mer est, chaque jour où les conditions climatiques s’y prêtent, notre lieu de travail et surtout notre source de revenus.
Nous y exerçons notre métier, une vocation pour la plupart, transmise de génération en génération en même temps que les savoirs traditionnels et que les prédictions des anciens sur les vents et les courants, sur la formation d’un banc de poissons, sur la présence de requins… La mer, nous la connaissons et nous la respectons.

Depuis toujours, les poissons pélagiques, thons, espadons, marlins ainsi que les poissons de fond, vivaneaux et autres mérous, sont nos cibles car ils correspondent aux attentes de notre clientèle.
Depuis 1999 et l’interdiction de leur commercialisation par précaution sanitaire, les requins bouledogue et tigre sont devenus nos concurrents, nos adversaires dans la capture de cette ressource halieutique.

A l’aléa de la pêche qui caractérise notre métier de « chasseur », est venu s’ajouter celui de la possible prédation de nos captures. Il ne nous suffit plus, en effet, de trouver un banc de poissons pour s’assurer d’une pêche généreuse et d’une marée rentable, il nous faut avant tout compter sur le bon vouloir des requins ! Chacun d’entre nous peut témoigner d’un poisson qui becque à l’hameçon, qui est remonté, parfois d’une grande profondeur à la main ou au treuil électrique, et que le pêcheur voit déchiqueter par un autre prédateur, le requin, à sa remontée à la surface ! Tous les usagers de la mer assistent régulièrement aujourd’hui à cette même scène.

 

’’ A ceux qui chaque jour désinforment et manipulent l’opinion sur la gestion de la crise requins, nous souhaitons opposer notre connaissance des eaux qui bordent La Réunion et notre implication à contribuer à sa résolution. ’’

 

A ceux qui prétendent, par populisme et par extrémisme, que les requins ont été attirés par l’appâtage de nos engins de pêche, il faut rappeler, d’une part, que nos parents ont toujours rapporté la présence de requins aux abords des côtes de La Réunion et, d’autre part, que la pêche côtière a toujours été pratiquée le long du littoral. En revanche, jamais leur récit n’avait fait état d’un nombre et de comportements agressifs de requins comme nous le constatons depuis dix années !

Au milieu des années 90, La Réunion comptait pas moins de 500 pêcheurs professionnels. Il nous arrivait à tous de pêcher du requin, toutes espèces confondues, car leur chair commercialisable était appréciée des Réunionnais et surtout bon marché. Les statistiques de l’époque font état de captures de requins, de tous types, de l’ordre d’une vingtaine de tonnes annuelles, soit plus d’une centaine d’individus par an.
L’une des origines depuis une dizaine d’années du déséquilibre environnemental dans la bande côtière de La Réunion est donc pour nous si évidente ! D’autres facteurs sont sans doute en cause, parfois nous dépassant certainement. En tout cas, il ne nous appartient pas de les énoncer mais il est de notre responsabilité d’apporter notre témoignage de gens de mer face à un enjeu qui nous concerne directement.

A ceux qui reprocheraient à la pêche professionnelle d’avoir laissé proliférer les requins tigre et bouledogue à La Réunion, il faut rappeler qu’il ne nous sert à rien de pêcher une espèce interdite à la commercialisation. La pêche est notre métier, pas une activité de loisir !
L’initiative de la ministre des outre-mer d’accroître de manière maîtrisée les prélèvements de requins tigre et bouledogue à La Réunion, y compris à l’intérieur de la Réserve naturelle marine, répond ainsi, selon nous, parfaitement aux réponses à apporter à ce déséquilibre environnemental.

Pêcher les requins bouledogue et tigre, et seulement ces deux espèces, est une obligation, au-delà de la sécurité publique, à La Réunion pour restaurer l’équilibre environnemental de la bande côtière.

A lire aussi : La commercialisation de la chair de requin est-elle la solution à la crise requin ? – Rokin La Kour

 

A ceux qui gesticulent autour d’un « massacre » annoncé de requins, il faut rappeler que ce n’est ni l’intention de la pêche professionnelle, ni dans ses capacités, puisque nos techniques de pêche sélectives à la ligne ne nous permettent pas de nous engager dans ces excès que nous avons toujours combattus.
A ceux qui dénoncent l’oisiveté de la pêche professionnelle pour la réduction du risque requins à La Réunion, il faut dire que nous n’avons aucun intérêt à faire de la pêche aux requins notre métier, la valeur marchande des pélagiques et des poissons de fond que nous voulons pouvoir de nouveau capturer est sans comparaison.

A ceux qui chaque jour désinforment et manipulent l’opinion sur la gestion de la crise requins, nous souhaitons opposer notre connaissance des eaux qui bordent La Réunion et notre implication à contribuer à sa résolution.

Tel est le témoignage de pêcheurs professionnels, usagers de la mer directement concernés par un phénomène à résoudre en urgence et en commun pour préserver notre avenir, celui de nos enfants à La Réunion.

Edouard-Félix, Herbert, Julien, Jean-François, Patrick, Cédric, Paul-Bertrand, Bernard, Alix, Mathias, Ahmed, Frédéric, Henri, Pascal et tous les autres pêcheurs professionnels également impliqués et investis dans la réduction du risque requins à La Réunion.

 

Pêcheurs professionnels à La Réunion
Pêche au requin : port de Saint-Gilles les bains. Le capitaine Hugues Savalli allie le geste à la parole. OPR (crédit photo) – 18 avril 2015

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